«On a eu de la chance de réussir à fixer ce rendez-vous», commence Julia Jansen* lorsqu'elle me salue. Elle est de nouveau sur le départ. Vacances en Grèce. La Crète. Elle part après-demain. Sans notre entretien, elle n'aurait certainement pas repensé aux jours où elle préparait ces vacances, en octobre trois ans plus tôt. À l'époque, elle devait partir pour Lanzarote. «J'avais ressenti comme un pincement dans le sein et j'ai demandé à passer une mammographie. Résultat: cancer du sein. Alors je me suis dit: d'accord. Nous y voilà. Je me suis dit: d'abord, je pars en vacances. Puis je vais voir mon médecin.» C'est ce qu'elle a fait.

«L'opération s'est super bien passée»

«Mon médecin de famille m'a fait hospitaliser et j'ai été opérée. L'opération s'est super bien passée.» C'est ainsi que Julia Jansen résume son histoire. C'est réglé. C'est du passé. Même si, naturellement, elle continue à prendre son traitement antihormonal. Elle doit encore prendre des comprimés de Femara (létrozole) pendant deux ans et demi. «Mais je ne remarque aucun effet secondaire. Pas de fourmillements ou autres. Rien», ajoute-t-elle. Les médecins eux-mêmes ne comprennent pas pourquoi elle ne ressent aucun effet secondaire. Et ses amis ont du mal à comprendre sa sérénité. «Je vais tout simplement bien», explique-t-elle.

«Ma poitrine a le même aspect qu'avant»

Tout a l'air si simple pour elle. «Oui, je ne me suis pas fait beaucoup de souci. En tant qu'infirmière, j'ai passé ma vie à l'hôpital. J'ai vu des opérations jusqu'à la nausée. Les matins en salle d'opération, les après-midi en radiologie», précise Julia Jansen. Lors de sa propre opération, une tumeur de 6 centimètres a été excisée, et elle a pu conserver son sein. «Ma poitrine a le même aspect qu'avant. Tout est super», se réjouit-elle encore aujourd'hui. Avant l'opération, elle a fermement dit: «L'aspect de ma poitrine après l'opération n'a pas d'importance, l'important c'est qu'il ne reste plus rien. Je préfère que vous en enleviez trop que pas assez.»

«Elle est loin d'être la seule dans ce cas»

Lors de l'opération, une biopsie des ganglions sentinelles a également été réalisée, pour vérifier si la tumeur s'était déjà étendue aux ganglions axillaires. Son chirurgien, le Dr Knauer, explique: «Pour ce faire, le premier ganglion qui aurait pu recevoir des cellules tumorales est marqué à l'aide d'une substance légèrement radioactive. Il est excisé et examiné de manière ciblée.» La tumeur ne s'était pas étendue plus loin. Julia Jansen est loin d'être la seule dans ce cas: «Heureusement, le dépistage au stade précoce est aujourd'hui la règle, par autopalpation ou mammographie préventive. Les tumeurs sont détectées plus tôt et peuvent ainsi être mieux traitées et de manière beaucoup plus délicate, sans chimiothérapie par exemple», ajoute le Dr Knauer.

«Je suis en bonne santé»

Julia Jansen a alors fait un autre pas courageux. Elle a refusé la chimiothérapie qui lui était recommandée. «Pourquoi aurais-je du le faire? Je suis en bonne santé et je ne vais pas me rendre malade!» C'était évident à ses yeux. Aucune réclamation de son médecin: «Nous apprécions beaucoup les patients indépendants. Les patients qui, après avoir reçu les explications sur les avantages et les inconvénients, participent activement aux décisions qui les concernent», souligne le Dr Knauer.

Ces décisions ne sont pas faciles pour tout le monde. Julia Jansen, qui est célibataire, en est bien consciente. «Je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais été plus jeune et que j'avais une famille. Mais je ne suis responsable que de moi-même. Je suis simplement contente de ne pas avoir fait la chimio.»

«Je ne m'inquiète pas»

Mais n'a-t-elle pas peur d'une récidive? «Je ne m'inquiète pas. Pas du tout.» Et quand elle le dit, ça ne sonne pas du tout faux. Plutôt comme sa philosophie personnelle. Un amour pour la vie. Très serein, qui accepte chaque aléa de la vie. «Je ne suis pas particulièrement croyante. Mais pour moi, c'est comme ça: quand je suis née, c'était déjà tout décidé, quand, comment et où je m'en irai. J'en suis convaincue. Je vais avoir 69 ans. Oui, si Dieu le veut, je serai contente de vivre tant que j'irai bien. Ensuite, je souhaiterais m'en aller simplement…»

Maintenant elle doit pourtant reprendre ses préparatifs de vacances. Julia Jansen s'est offert ce voyage en Crète pour son anniversaire. Chacun des objets qu'elle emportera est un symbole de son crédo: il faut se célébrer soi-même, et célébrer la vie. Même quand c'est difficile. Il y a toujours quelque chose à célébrer. Chaque jour.

*Nom modifié par la rédaction

Dr Kai Kaufmann 
Journaliste indépendant